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Ne crois pas aux jugements

Enfant battu, je me construis un refuge pour m'évader.
Ma cabane dans la forêt est construite de vieilles planches récupérées. C’est ma maison, un refuge pour mes joies, mes peines, mes peurs. Surtout mes peurs, parce que dans la forêt, il y a un petit homme noir avec des cornes rouges et une fourche à la main qui me court après quand il fait sombre. Je vais très souvent m’y cacher en rentrant de l’école, pour me remettre des coups de règles sur mes doigts, des coups de pied dans mes jambes et des claques sur ma joue (toujours la droite). Je déteste mon professeur qui ne comprend pas que je ne le comprends pas. Dans ma cabane, il y a toujours de quoi s’occuper, pas le temps de faire mes devoirs. Mon père me déteste, mon maitre d’école aussi. Ils me traitent tous les deux d’incapable. Je me fais talocher à la maison et à l’école. Quand ma tête me fait mal, je me réfugie dans ma cabane, comme aujourd’hui. Je suis assis, la tête blottie dans mes genoux pour cacher mes larmes. Pourquoi les grands me tapent toujours ?
Ils croient le faire pour ton bien.
C’est pour mon bien ?
Non, car ce qu’ils pensent de toi, ce n’est pas ce que tu es.
S’ils ne savent pas qui je suis, ils ne peuvent pas savoir ce qui est bien pour moi ?
Ils ne le savent pas, mais ils croient le savoir.
Je sèche mes larmes à la manche de ma chemise, prends le marteau dans ma main et tape comme un forcené sur un clou. Si les grands ne me connaissent pas, je ne devrais pas les croire !
En effet, ne crois pas leurs jugements.
Je croirai seulement le curé.
Lui non plus. Il te crée des peurs en te faisant croire à un petit bonhomme noir aux cornes rouges avec une fourche à la main.
Je peux croire en qui, alors ?
À rien ni personne à l’extérieur de toi.
Je rêve d’une cabane, plus belle, plus grande. Je vais commencer sa transformation demain !


     


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