F | D | E

Reste près de toi-même

Je me prends la tête sur mon futur métier.
Mon papa travaille sur les chantiers. Il rentre à la maison très fatigué. La peau de ses mains est tannée par le travail. Il ne voulait pas travailler sur les chantiers. Il voulait être boucher. Son père a refusé, car il trouvait plus honorable de travailler sur les chantiers. Il désirait le meilleur pour son fils. Les grands me demandent souvent ce que je voudrais faire plus tard. Quand je serai grande, je serai maîtresse d’école. Mon copain veut être médecin ou avocat, il ne s’est pas encore décidé. Un bon métier, c’est important et c’est pour ça que je dois bien travailler à l’école. Je veux être maîtresse d’école, parce que tout le monde l’écoute (sauf moi), lui obéit (sauf moi) et qu’elle peut mettre les enfants derrière la porte (toujours moi). J’y suis justement en ce moment. Assise sur le banc dans le corridor, je regarde les souliers plus ou moins rangés et les vestes et bonnets maladroitement accrochés.
Tu crois que tu as besoin d’un métier important pour être heureuse ?
Oui. Mon papa dit que les maîtres d’école ou les avocats sont plus heureux que lui.
C’est une illusion.
Alors, je ne dois pas forcément choisir un métier important.
Non.
La porte s’ouvre. Je pénètre dans la classe sous le regard moqueur de mes camarades qui travaillent bien et qui vont réussir dans la vie. Je regarde la maîtresse, son pupitre, le tableau noir. Mon regard parcourt la classe entière.
Tu aimerais passer ta vie à un pupitre comme celui-là ?
Non. La cloche sonne. Toute la classe se bouscule pour prendre la porte. Je rentre seule à la maison, le « qu’est-ce que je ferai quand je serai grande » a été remis sur la planche de mon ardoise. Comment choisir ?
Cherche ton travail selon la qualité de vie que tu aimerais avoir. Il faudra que tu te sentes bien dans ton métier et non que tu le choisisses parce que c’est un métier important aux yeux des grands.
Pourquoi ?
Sinon, il te prendra beaucoup trop d’énergie et tu en deviendras esclave, un peu comme ton papa, et ce ne seront pas les pauses, les vacances ou les distractions qui te permettront de récupérer l’énergie dépensée.
Je suis certaine que le travail que je ferai est déjà inscrit quelque part, mais comment le trouver ?
En restant très près de toi-même, sans te laisser influencer par ton entourage.
Travailler dans un bureau, taper à la machine, être avec des messieurs en costard-cravate… voilà ce que j’aimerais. La pensée traverse mon corps et se fixe dans ma tête et mon cœur.


     


Retour
Editions d'Obsolette
Case postale 247
1009 Pully
obsolette@obsolette.com